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Bosnie

Entretien avec Asim et Saban Dedic, agriculteurs à Pobude :

Intérêts de la rencontre :

 


- Permettre le développement rural d’un pays après la guerre, en valorisant les produits agricoles biologiques

- Certifier en agriculture biologique les producteurs de Bosnie en utilisant la certification collective

 

 

La famille Dedic est originaire de Pobude, à l’Est de la Bosnie. Saban Dedic, le père de famille, travaillait à l’école du village. Quand la guerre a éclaté en 1992, ils ont été chassés de leur village et ont vécu jusqu’en 1999 dans un camp de réfugiés. Cette année là, appuyé par une association française, Saban a pu retrouver son village (totalement détruit) et y poser les premières pierres de sa maison. Puisqu’aucune activité n’était présente, Saban a développé une agriculture vivrière pour nourrir sa famille. Certains autres habitants l’ont suivi en menant la même activité. L’association a financé certains projets comme la reconstruction d’une école, l’achat d’un tracteur et la construction d’un puits. A partir de l’agriculture, le village reprend vie peu à peu. Nous réalisons par ce témoignage, que c’est l’activité première à développer pour relancer l’économie d’un pays. Par ailleurs, la solidarité entre les habitants est très forte, et les aide à reconstruire leur vie (par exemple, le goudronnage de la route a été mené par les villageois). Les méthodes utilisées par ces agriculteurs sont traditionnelles et ne nécessitent l’utilisation d’aucun produit phytosanitaire ou engrais minéral (l’achat de ces produits ne leur est de toute façon pas accessible). La production est ainsi « biologique », mais non certifiée.

Aujourd’hui, Saban et ses fils possèdent un cheptel très réduit : une vache, deux veaux, un taureau et une basse cour. Ils produisent un peu de blé, du maïs, quelques légumes en partie sous serre, des fruits et du miel. Leurs surfaces sont restreintes et escarpées, ils doivent donc exploiter l’ensemble des champs même les plus pentus : par exemple, les arbres fruitiers sont situés sur une parcelle abrupte.

Pour parvenir à créer un revenu, la famille Dedic développe un accueil à la ferme. L’association française met en contact des touristes français avec des guides bosniaques bénévoles (dont Hasan Sabeta que nous avons rencontré) pour qu’ils leur fassent découvrir la Bosnie-Herzégovine. Les recettes réalisées sont reversées à des associations bosniaques, pour des orphelinats d’enfants de la guerre, hôpitaux d’enfants handicapés, familles pauvres…. Au cours du voyage, la majorité des nuits sont passées dans des fermes touristiques, comme chez les Dedic. Les touristes peuvent découvrir les différentes activités de la ferme et déguster ses produits.

Cette association a tenté d’organiser les agriculteurs pour qu’ils parviennent à valoriser leurs produits « biologiques ». L’objectif était de vendre les produits à l’organisme « Domino » basé à Sarajevo, sous le label « biologique ». Mais ce projet n’a pas pu être mené à terme pour des raisons de certification.

Les Dedic ont conservé de nombreuses techniques traditionnelles. Ils utilisent les « trap » (présenté dans l’article dédié à Zlata Nanic de Croatie) pour la conservation de pommes de terres, carottes, pommes, etc… La différence est que l’isolation n’est pas réalisée avec de la paille et de la terre mais plutôt avec de la paille et         un toit en tôle. Dans les terrains abrupts, le labour est réalisé par traction animale. L’ensemble du foin est conservé grâce aux « feuniers ». Cette méthode consiste à disposer le foin séché en forme conique de façon à ce que l’eau de pluie ne s’infiltre pas. La richesse de ces méthodes mériterait un séjour plus long au sein de la ferme pour les découvrir. Par ailleurs, les femmes du village transforment de manière traditionnelle les produits de la ferme. Elles font le pain, de grandes galettes de maïs, les « pita » (à base de pommes de terre et de fromage). Mais aussi le « pecmes » qui est un jus de pommes que l’on cuit longuement, à manger avec du pain (particulièrement sucré et délicieux).

 

Rencontre avec la famille Dedic.

Sur la ferme des Dedic.


Entretien avec Elvedin Colakovic – Directeur de Ecoline


 

Innovations :


- Permettre le développement rural d’un pays après la guerre, en valorisant les produits agricoles biologiques

- Certifier en agriculture biologique les producteurs de Bosnie en utilisant la certification collective

 


Ecoline est une association qui a été créée en 2004. Elle a été fondée grâce à un financement du ministère des affaires étrangères italien et de 3 ONG italiennes : CEFA, COSPE et ARCS. L’objectif de l’association est de permettre un développement rural durable par la promotion de l’AB en Bosnie Herzégovine. Le projet de financement étant arrivé à échéance en 2008, la poursuite des activités de l’association dépend en partie des subventions accordées par le gouvernement bosniaque pour le développement rural (aucune subvention n’existe pour le développement de l’AB, puisqu’elle n’est pas reconnue dans la législation bosniaque). L’autre partie des fonds provient des recettes réalisées par Ecoline : une petite entreprise a été créée pour le conditionnement et la commercialisation des produits agricoles des adhérents et les services agricoles (labour, semis…) grâce à 2 tracteurs.

Après la guerre (1992-1995), les réfugiés ont réinvesti leurs terres, dévastées. Leur seule activité possible et indispensable était l’agriculture. L’AB s’adapte au contexte : elle demande moins d’investissements (absence de fertilisation minérale et de produits phytosanitaires chimiques, qu’il faudrait acheter). De plus, l’AB convient à des terres « propres », puisqu’elles n’ont pas été exploitées pendant plusieurs années (guerre).

Cette association de producteurs compte 120 membres, qui exploitent 100 Ha de légumes, fruits, céréales et raisins. Elle est multiethnique : serbes et croates de Bosnie et bosniaques sont représentés parmi les adhérents.

Les producteurs sont certifiés par un organisme de contrôle « Organska Kontrola », basé à Sarajevo (accrédité par l’IFOAM). La certification des producteurs s’est faite de manière collective : cela permet de diminuer les coûts de contrôle. Cette méthode est appelée Système de contrôle interne. Les 120 agriculteurs sont répartis en 6 groupes selon le territoire (et donc de la production). Trois agronomes ont la charge du conseil agricole, et du contrôle interne des exploitations. Dans ce système de certification collective, c’est l’organisation du contrôle interne qui est validé, et un échantillon représentatif et aléatoire de producteurs. L’année dernière, Ecoline a financé à hauteur de 70% la certification des producteurs. La traçabilité des produits semble optimale : Ecoline est capable de retrouver le producteur à partir du produit fini.

La principale production est la pomme de terre (200 tonnes/An). Pour le reste (Figues, abricots, fraises), quelques tonnes sont produites (entre 3 et 5 tonnes). La commercialisation des produits est réalisée en totalité sur le marché intérieur, par l’intermédiaire des supermarchés (Merkator, Konzum, Interex…). Dans les magasins, un étalage en bois présente les produits. Quelques explications sur le mode de production biologique sont disponibles. Ceci permet d’informer les consommateurs bosniens, qui pour la plupart méconnaissent ce mode de production. Un travail de communication important est à réaliser afin de faire connaitre ses qualités. Ecoline oriente ses efforts sur 3 produits : le jus de grenade, le pecmes et la confiture de figues.


Elvedin pense qu’à l’avenir, la Bosnie aura une loi relative au mode de production biologique, certainement dès l’année prochaine. Ecoline travaille sur l’élaboration d’un dossier qui sera déposé auprès de la commission européenne. Dans le cadre de la « coopération transfrontalière de pré-entrée dans l’Union Européenne », des financements seront disponibles pour développer l’agriculture biologique.


 
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